Maroc 2008

 Souvenirs de voyage
Maroc 2008

Du 16/04 au 25/04

Pour voir quelques photos, se reporter à la rubrique "En images / Voyages"

Mercredi 16 avril

   Jour du grand départ... j'attends et je m'impatiente pour ce voyage au Maroc depuis déjà de longs mois, et là, j'effleure l'objet de convoitise du bout des doigts.
   Je suis à Lyon depuis hier. J'ai choisi de prendre mes précautions afin d'éviter toute mauvaise surprise. J'ai passé la nuit chez une amie, qui m'accueille si gentiment et d'où je peaufine mes préparatifs: quelques achats de dernière minute, un brin de flânerie, l'écrémage maximal du contenu de mon grand sac à dos.
   Plus tard, mon ami me rejoint, on se rassure sur les derniers détails du séjour. Puis vient l'heure de ma prise de médicaments de chevaux pour affronter la terrible épreuve qui m'attend: l'avion. Je mets mon chaperon, fort surpris, au courant des effets générés par les cachets avalés, l'état second dans lequel je suis plongée sous leur emprise, incapable de répondre de mes faits et gestes, amnésie temporaire...
   Un ami passe nous prendre pour nous conduire à l'aéroport: nos voitures sont bien garées, un dernier au revoir à mon hôtesse... et c'est parti!
   Curieusement, je ne ressens pas tellement l'effet du stress que m'occasionne chaque perspective de monter à bord d'un avion. En revanche, je commence à sentir les effets du médicament: mes paupières s'alourdissent, je me sens assez mal, la tête qui tourne, un certain manque de contrôle.
   Arrivés à Lyon St Exupéry, notre chauffeur nous dépose. Nous partons donc, en direction de la porte d'enregistrement. Il est relativement tard, pourtant une queue monstrueuse nous attend. J'en profite pour finir mon sandwich, puisqu'il n'y a rien d'autre à faire. Je me sens de plus en plus étourdie, mal, nauséeuse, endormie. J'ai le sentiment d'avoir reçu un coup de massue. Je m'assois d'ailleurs à plusieurs reprises par terre au milieu de la file d'attente. C'est curieux, auparavant le médicament ne m'avait jamais mise dans un tel état. L'endormissement et l'étourdissement sont des symptômes familiers, mais d'ordinaire je ne me sens pas aussi mal, au bord de l'évanouissement. Peu importe, c'est enfin notre tour de nous enregistrer.
   Là, tout s'enchaine à une allure vertigineuse... Brusquement je me sens prête à exploser (ou plutôt à imploser), j'ai l'impression que je vais mourir... j'ai à peine le temps de demander à l'hôtesse de nous faire embarquer en premier afin de pouvoir prendre le reste de mes médicaments, que je m'écroule lamentablement sur le sol, prise d'un incontrôlable malaise et bien incapable de me tenir debout.
   Heureusement, mon ami prend le relai et se charge de l'enregistrement, persuadé qu'il s'agit là des effets classiques de la prise de mon médicament. Cependant l'hôtesse ne semble pas particulièrement encline à me laisser embarquer, elle est plutôt prête à appeler des secours d'urgence! C'est d'ailleurs en urgence que je me précipite sur un siège libre du couloir d'attente. Je m'y écrase littéralement, je ne contrôle plus vraiment mon corps et je suis paniquée par ce malaise grandissant. Après avoir ainsi attiré l'attention de l'intégralité du hall sur moi, mon état empire mais je suis bien surveillée. Je me lève alors précipitamment et me rue dans les toilettes; j'ai à peine le temps d'atteindre le lavabo que je vomis le peu de sandwich ingurgité peu avant.
   Quelques spasmes plus tard, je me sens un peu libérée. Aux dires de mon ami, j'étais devenue si pâle, presque transparente... il m'a d'ailleurs suivie aux toilettes, talonné d'un médecin qui était installé non loin de là. Et oui, dans mon malheur, j'ai la chance d'avoir pour voisin d'avion un médecin! Il me demande ce que j'ai pris et s'indigne quelque peu que j'aie pu prendre ce médicament de cheval. Cependant c'est une prescription de mon médecin traitant, et je n'avais pas eu de problèmes auparavant. Note pour plus tard: ne rien manger après la prise de ce médicament... Le médecin me propose du Smecta et m'assure de me surveiller pendant le trajet!
   Je retourne alors sur mon siège de la salle d'attente, je vais un peu mieux mais ce n'est encore pas la grande forme. Puis, après avoir repris quelques couleurs, nous nous dirigeons vers les contrôles de sécurité. Tout se déroule bien, le douanier s'amuse de mon passeport américain et m'attribue la fonction de Globe-Trotteuse.
   Peu avant l'embarquement, une annonce au micro nous appelle, mon ami et moi nominativement, afin d'être les premiers à bord de l'appareil... le steward n'articule pas bien, mais il me complimente sur mon français!
   Ça y est, nous y sommes. Mon ami m'a gracieusement laissé le hublot. Il fait nuit noir, j'avale mon anxiolytique et et mon somnifère.
   Rien à signaler concernant le trajet, de vagues images, bruits et sensations me reviennent, en vrac et insignifiants. Nous avons apparemment attendu beaucoup de temps à la douane marocaine. J'ai été très docile; zombie, mais docile. Mon ami s'est chargé de trouver un taxi pour nous conduire à un hôtel de Casablanca. C'est la nuit, nous partons à l'inconnu, rien de vraiment planifié. Je ne me souviens presque de rien: ni d'avoir récupéré les bagages, ni d'avoir échangé mes euros pour des dirhams... juste d'être tombée comme une masse sur le grand lit confortable de l'hôtel.

Jeudi 17 avril

   La nuit fut ô combien bénéfique... Je me réveille en grande forme, bien remise de ma prise de médicaments mouvementée et de mon traumatisme du voyage. Les deux heures de décalage horaire sont salutaires, cela nous permet de prendre notre temps pour se mettre en route. Nous sommes très bien logés, dans un hôtel très propre et confortable, cher aussi!
   Et voilà notre aventure marocaine commencée, c'est parti pour la visite de Casablanca. Je souhaite tout d'abord échanger de l'argent, mais mon ami me signale que je l'ai déjà fait hier, à l'aéroport.... Direction le Centre, à pied, afin de profiter au mieux de nos déambulations. Nous sommes munis du Guide du Routard ainsi que du Guide Bleu. Les chauffeurs conduisent vraiment n'importe comment. Une petite halte photos avec un groupe folklorique, pour nous rendre enfin dans la majeure attraction de la ville: la Mosquée Hassan II. Il s'agit de la deuxième plus grande mosquée du monde. C'est extrêmement impressionnant, saisissant, grandiose: une immense étendue de dalle à fleur d'eau, habillée de cette construction monumentale qui s'élève très haut pour dominer tout l'horizon. Le bâtiment est colossal. On a peine à imaginer le lieu entièrement parsemé de croyants agenouillés, c'est tellement vaste. Nous ne visitons pas l'intérieur, pourtant cette mosquée a la particularité d'être ouverte aux visiteurs, ce qui est extrêmement rare (seulement 2 dans ce cas au Maroc).
   Après avoir déambulé sur cette immensité en bord de mer, nous attrapons un « petit taxi rouge » afin de récupérer nos bagages à l'hôtel, puis de nous rendre à la gare. Je précise « rouge » parce que nous découvrirons plus tard que chaque grande ville a sa propre couleur de taxis, ce qui ne manque pas d'originalité. Nous avons trouvé une ville qui manquait de vie, sale, froide, assez repoussante, loin de l'authenticité et des traditions imaginées par nos esprits. Un peu déçus de cette première approche d'un Maroc qui nous faisait tant rêver, nous prenons notre billet de train à Casaport, direction Rabat où vit mon cousin.
   C'est en tout début d'après-midi que nous arrivons dans la capitale, et là, bonne surprise, rien à voir avec Casablanca: la ville est magnifique, bien entretenue, dynamique et fraîche... Des palmiers, de belles pelouses, des bâtiments soignés. J'achète une carte téléphonique pour appeler mon cousin et l'avertir de notre arrivée, et appeler également une amie qui habite Rabat. Elle nous recommande un petit restaurant pour lé déjeuner, « Le petit beurre », non loin de la gare. Nous nous y rendons volontiers, impatients de découvrir l'art culinaire local. Il s'agit d'un lieu tout à fait charmant, décor complètement typique, peu encombré vue l'heure tardive. Nous commandons chacun un tajine, l'un au citron l'autre aux légumes. En entrée, une salade de poivrons délicieuse, un vrai régal! Mon ami prend des cornes de gazelle en dessert, quant à moi j'ai le ventre suffisamment rempli.
   Après cette pause fort agréable, nous attrapons un « petit taxi bleu » en direction du lycée français Descartes. C'est là Que ma petite cousine est scolarisée et que mon amie travaille. Au passage, nous en profitons pour découvrir davantage Rabat.
   Arrivée au lycée. Je pars en reconnaissance pour aller trouver mon amie. C'est un grand moment, après une belle correspondance à distance! Elle est vraiment charmante, tout à fait comme je l'avais imaginée. Nous bavardons un moment, puis mon cousin passe nous prendre au lycée. Je vais le découvrir également, après l'avoir brièvement rencontré à l'occasion du décès de ma grand-mère. Sa maison, dans un quartier VIP de la ceinture de Rabat (à l'extérieur des remparts), fait rêver: un riad où nous découvrons une fontaine, un hammam, de beaux tapis à profusion, des décors sortis des Mille et une nuits, la piscine dans le jardin, de beaux arbres, un très odorant datura... le temps d'une promenade dans les alentours et rencontre de ma petite cousine, que je ne connaissais pas. Nous dinons ensemble autour d'un savoureux tajine aux artichauts. Enfin est venue l'heure d'aller nous coucher, après une bonne douche.

 Vendredi 18 avril

   Nous partons de très bonne heure avec mon cousin, qui nous dépose dans un petit salon pour prendre le petit déjeuner. Nous choisissons un petit déjeuner traditionnel: jus d'orange frais (une merveille), le légendaire thé à la menthe qui ne faillit pas à sa réputation, un tajine avec des œufs.
   La mauvaise surprise du jour, c'est le temps: il pleut, pas une petite averse fine, une vraie pluie abondante, sans discontinuer... mais il est hors de question de rester toute la journée à l'abri. Nous prenons notre temps dans ce salon providentiel, puis nous nous mettons enfin en route sous une pluie battante. Heureusement, j'ai mon imperméable, moi! En revanche mes baskets toutes trouées n'apprécient guère ce déluge improvisé, les rues et les trottoirs sont rapidement saturés par l'eau.
   Nous passons devant le Palais Royal et poursuivons notre route jusqu'à là nécropole du Chellah, tout ceci à pied, bien entendu. La nécropole est un site pittoresque, mélange de vestiges romains (surprenant), d'enceinte portugaise et de tombeau berbère. Discrètement, nous suivons un groupe de touristes dont le guide parle français. De beaux jardins, une vue imprenable sur l'Oued et Salé. C'est également le territoire des cigognes, qui nichent partout.
   Et le miracle se produit: le soleil fait son apparition! Nous séchons rapidement, des pieds à la tête, après avoir bien macéré tout de même. Nous choisissons de prendre un petit taxi pour nous rendre à la Tour Hassan et au mausolée Mohammed V... c'est l'ironie de la situation: lorsqu'il pleut nous nous déplaçons à pied!
   Deux gardes à cheval sont postés à l'entrée. On dirait des automates tellement rien ne trahit leur immobilité. Et là... nous pénétrons dans un site ouvert absolument grandiose, les vestiges d'un lieu sacré sur lequel ont été érigés de nombreux édifices. Visite des jardins, somptueux jardins bien entretenus, parsemés d'exotiques plantations. Les daturas attirent particulièrement notre attention, en particulier grâce à leur délicat parfum.
   Nous reprenons note chemin vers la Kasba des Oudaïas. Au passage, nous passons par la Médina, aux murs d'enceinte impressionnants de gigantisme! La Médina, un lieu vraiment particulier... A l'heure de la "messe", tout devient silencieux, alors que deux minutes avant c'était la cohue générale. Alors, tous les hommes s'agenouillent sur des tapis improvisés, il n'y a pas assez de place dans les mosquées. Et puis toutes ces échoppes dans le Souk, il faut savoir résister à toutes les propositions. L'estomac de mon ami criant famine, nous nous mettons en quête d'un restaurant où l'on puisse se poser un peu, car nous avons parcouru à pied beaucoup de terrain. Le temps a radicalement changé depuis la nécropole, nous évoluons à présent sous un soleil radieux. Après avoir essuyé quelques échecs, nous trouvons enfin l'emplacement idéal: restaurant de rêve, traditionnel à souhait et qui plus est dans un charmant décor... nos kilomètres de déambulation ont vivement sollicité nos muscles qui nous remercient de cette pause. Nous commandons chacun un tajine (le mien au citron confit) ainsi que des pâtisseries marocaines.
   Une fois cette halte salvatrice bien méritée terminée, le thé à la menthe savouré, nous avons arpenté le centre ville, en passant par le magnifique parc du Triangle et sa pergola de roses, la préfecture. Nous prenons le temps de visiter une cathédrale, mélange de culture chrétienne et d'architecture marocaine. Très frais, très agréable avec des vitraux originaux.
   Nous retournons ensuite à la Médina, où j'achète un tapis à un monsieur fort sympathique, ainsi que des sandales, en remplacement des mes baskets qui m'ont lâchement abandonnée. J'avais prévu de bientôt m'en débarrasser, sans me douter qu'à la première pluie elles achèveraient leur décomposition. Retour également à la Kasba pour prendre un thé au café des Maures et repasser dans le jardin. La Kasba des Oudaïas est un quartier de Rabat tout à fait à part. Cette dangereuse et sanguinaire tribu s'était installée là, dominant tout l'horizon, aussi bien la mer que la terre. Elle est protégée par de hauts remparts. A l'intérieur, de sinueuses ruelles piétonnes enlacent les bâtiments, peints de blanc et bleu jusqu'à un mètre du sol. C'est un véritable labyrinthe, qui offre à chaque entrée de maison des portes plus belles les unes que les autres, chacune ayant son originalité. Dans le café, le cadre est paradisiaque, un vrai régal des yeux et des papilles (encore les fameuses cornes de gazelle).
   En fin d'après-midi, nous téléphonons à mon cousin pour nous retrouver. Tout le monde n'est pas en vacances! Pendant ce temps, petite ballade au bord de l'Oued.
   Nous dinons chez « Ouasani », un lieu fréquenté par les touristes et de bonne réputation. Mon cousin nous commande un assortiment de brochettes avec des frites (bon, les frites, on connaissait). Le repas se déroule bien, agréable soirée dans un charmant décor. C'est par la suite que cela se corse...
   De retour à la maison, je fais la connaissance de la femme de mon cousin. Une femme passionnante et passionnée! Nous discutons longuement, la soirée s'éternise agréablement. Mais je commence à me sentir mal, je me contente donc d'écouter la conversation. Au moment d'aller me coucher, j'ai la nausée... je décide de prendre un aspirine. Peu de temps après m'être allongée, je me précipite aux toilettes (ça devient une habitude). Là, j'évacue quasiment tout mon repas. Soulagée, je repars me coucher.... mais à nouveau c'est la course aux toilettes, il restait manifestement encore un peu de repas dans mon estomac en colère... et le festival a duré toute la nuit, sans soulagement, sans qu'il y ait plus rien à évacuer ni d'un côté ni de l'autre. Un calvaire incontournable. Impossible de fermer l'œil, en proie aux violents spasmes qui ne cessent jamais... Je regarde ma montre et dès que j'aperçois ma cousine levée, je crie au secours! Je suis au 36ème dessous, pliée en quatre...

Samedi 19 avril.

   La journée commence par une pause pharmacie. Je suis sous anitbiotiques, smecta et anti-spasmes... Au Maroc, pas besoin de prescription médicale pour obtenir des antibiotiques. Manifestement j'ai attrapé la fameuse tourista, du moins j'ai fait une belle intoxication alimentaire... Avec ma cousine, nous allons voir un hippodrome puis un centre équestre. Très propre et tape-à-l'œil, tout a l'air soigné, des chevaux aux installations. C'est amusant de voir ces jockeys sur les chevaux. Au retour, le temps d'une halte pour faire les courses pendant laquelle j'attends dans la voiture, je m'assoupis, il y a du progrès!
   A midi, nous déjeunons avec mes cousins. J'avale avec peine une cuillère de riz gluant, une tranche de tomate et une cuillerée de yaourt. L'après-midi, rendez-vous avec mon amie à son domicile. Mon cousin nous dépose au lycée français et nous la rejoignons ensuite. Une femme vraiment intéressante! Elle nous fait la visite guidée de ses lieux de loisirs privilégiés: la plage, en passant par un hôtel de luxe, puis la galerie d'art traditionnel de Salé. Quel beau circuit! Le temps est fou, l'océan déchainé... les vagues se brisent sur les récifs, atteignant des hauteurs incroyables. Pas un surfer assez téméraire pour ces mauvaises conditions! Dans la galerie, nous admirons l'art du bois, des potiers, des tisserands. Une merveille pour les yeux. De toute évidence, ce serait d'autant plus agréable si je n'avais pas la tourista avec moi.
   En chemin, nous passons devant le « mur de la honte », un rempart gigantesque qui cache toute la misère de Rabat aux yeux sensibles des étrangers... derrière, des bidonvilles insalubres à l'infini... Un bien grand paradoxe avec le reste d'une ville dont les apparences ne laissent soupçonner telle détresse humaine. Enfin nous retournons en Médina « by night », afin de marchander quelques produits. Mon ami va se décider pour une paire de babouches, mon amie marocaine d'adoption est absolument intraitable en affaires! Nous en profitons pour apprendre quelques mots indispensables en arabe. Mon amie nous ramène ensuite chez mon cousin, qui ne tient pas la grande forme et semble avoir attrapé également un sale microbe ou virus, comme moi... la tourista n'est-elle pas réservée aux touristes? Le dîner est donc relativement bref; pour moi, un demi yaourt, comme d'habitude. Et... je m'apprête enfin à dormir!

Dimanche 20 avril

   J'ai passé une nuit correcte et donc réparatrice, ouf! Nous nous levons de bonne heure, et mon cousin, qui va mieux lui aussi, nous dépose à Rabat-Ville, la gare ferroviaire. Notre programme se construit au gré de notre instinct et de nos envies du moment, il change régulièrement, mais l'essentiel c'est l'aventure. Nous prenons le train pour Meknès. Il pleut, génial! Cela devient presque une habitude... il y a du soleil au Maroc qu'ils disaient... Les billets de train sont vraiment bon marché, c'est un moyen de transport tout à fait agréable et économique. La ligne relie les villes impériales, c'est très pratique.
   Arrivée à Meknès. Nous prenons un « petit taxi bleu ciel » jusqu'à la Médina, où nous essuyons d'abord un échec en cherchant un endroit pour passer la nuit. Débarquer à l'improviste, c'est prendre le risque que tout soit complet! Au deuxième essai, nous établissons notre camp à l'hôtel du Maroc. Ce n'est pas le grand luxe, loin de là, mais c'est une solution économique quand on ne recherche pas le confort. L'hygiène laisse vraiment à désirer: j'émets quelques doutes sur la propreté des draps, je m'interdis la douche aux sanitaires. Heureusement, expérience « scouts » oblige, j'ai prévu un stock de lingettes pour dépanner.
   Après avoir déposé nos affaires, nous partons immédiatement pour Volubilis. Pas tout à fait immédiatement en fait, puisque nous déjeunons dans un boui-boui dont l'hygiène, également, est à revoir de A à Z: des chats partout, sales, poussiéreux, qui se frottent à toutes les chaises, qui perdent leurs poils... beurk! Pour ma part, j'ai encore l'estomac bien remué donc je me contente de trois feuilles de salade. Départ donc pour Volubilis: nous prenons un petit taxi pour la station de taxis collectifs. Là, nous nous entassons à 4 à l'arrière... Pour arriver à Moulay-Idriss, un joli village à flanc de colline. Là, nous attaquons la marche jusqu'au site romain de Volubilis, mais une espèce de bétaillère (avec la paille, les copeaux de bois et tout dedans) nous fait monter... nous dépose à un croisement.... nous poursuivons à pied.... puis un type nous prend en stop, et nous sommes enfin arrivés sur le site! Dans ces moments je suis heureuse de ne pas être une femme seule à effectuer ce voyage, il faut avoir confiance! 
   Etant donné qu'il n'a pas arrêté de pleuvoir, le terrain est détrempé, il y a de la boue partout. Mes baskets m'ont lâchée à Rabat, c'est donc une nouvelle galère qui s'annonce avec les sandales. Mon ami commence par aller aux toilettes, et après son rapport (super crades), je ne risque pas de faire de même. Nous attaquons alors la visite d'un site somptueux, les vestiges d'une cité romaine: arc de triomphe, forum, péristyle. Nous y passons un long moment, très agréable pour les yeux et grâce au radieux soleil qui se décide enfin à nous accompagner. La cité est immense, il y a des temples pour les dieux, des restes de belles fresques et mosaïques, symboles de mythologie. Nous rencontrons également des moutons qui viennent paitre dans les herbes sauvages.
   Après cette étonnante visite, nous repartons à pied, persuadés que quelque chauffeur daignera à nouveau nous emmener. En effet, un taxi collectif surchargé nous ramène à Moulay-Idriss. Là, nous visitons le village et montons jusqu'à son sommet, ce qui n'est pas peu dire. De là-haut, une vue splendide s'offre à nous comme une récompense, un panorama imprenable depuis la terrasse. Il y a en bas un sanctuaire duquel les non musulmans ne peuvent s'approcher. Le minaret de la mosquée est cylindrique, et c'est bien l'unique de ce genre dans le monde, dixit notre jeune guide.
   Retour à la station,où nous optons cette fois pour le bus (et oui, il faut bien varier les plaisirs et tout essayer!). Nous mettons une éternité à partir (ici pas d'horaire, on attend que le bus soit plein, voire archi-plein). Une fois en route, c'est limite s'il ne faut pas le pousser dans la montée et, en prime, on profite pleinement des gaz d'échappement... à l'intérieur du bus.
   De retour à Meknès, nous marchons jusqu'à la Médina dans le froid... oui, oui, dans le froid. Nous visitons la fameuse place El Hédime by night, avec sa pittoresque porte et sa foule de badauds. Mon ami a finalement tellement froid qu'il s'achète un jean.... c'est parti pour la transaction! Les marchands déambulent de toutes parts avec leurs charrettes d'escargots qu'ils distribuent en plongeant leurs mains dedans... C'est pour moi un spectacle répugnant, voire insoutenable. Nous nous laissons conduire par un rabatteur vers un resto fort agréable au décor précieux, « le Sultana ». J'ai regardé mon ami manger, moi je suis toujours aux antibios, smecta, anti-nauséeux et des maux d'estomacs dès que j'entends parler de nourriture. Il commande des « pastellas ». Je goûte une salade d'oranges à la cannelle et je dois avouer, malgré mon écœurement, que c'est un délicieux mélange.
   Retour à l'hôtel, je n'ose pas prendre de douche... pour les toilettes je n'ai pas le choix mais si je pouvais, je m'abstiendrais également! Les lingettes salvatrices s'avèrent bien utiles, quoi qu'en dise mon ami qui est loin d'être aussi frileux que moi et n'hésite pas pour la douche.

Lundi 21 avril

   Lever de bonne heure pour profiter pleinement d'une journée plutôt fraîche. Nous nous rendons tout d'abord sur la place, pour admirer de jour la fameuse porte Bob el Mansour, et avaler un petit déjeuner en terrasse. Enfin surtout mon ami, pour changer, parce que moi je n'ai grignoté que pour faire passer mon antibio.
   Nous cherchons ensuite notre chemin pour le musée Dar Jamaï, où l'on peut découvrir le travail artisanal: tisserands, ferronniers, potiers... Au centre se trouve un beau jardin dans lequel se trouve, entre autres, un bananier aux fleurs surprenantes. Dès notre sortie du musée, un rabatteur nous conduit vers la coopérative de tapis. Il ne nous a pas fallu moins de trois heures pour marchander! Mon ami se décide enfin à acheter une tenture pour sa sœur, quant à moi je prends un petit tapis que je truande comme à mon habitude. C'est un art de fixer les prix des articles, cela ne s'improvise pas, il faut de l'expérience! Le vendeur me demande si je n'ai pas du sang berbère... une réflexion qui me reviendra à plusieurs reprises durant notre séjour.
   Nous enchainons ensuite avec la Médersa, école coranique, perdue au milieu du Souk. Nous visitons le patio, la salle de prière, ainsi que les cellules qui servent de chambre aux étudiants et qui portent bien leur nom. J'ignore si j'y tiens allongée... et mon ami essaie même de m'y enfermer, le monstre. En poursuivant notre tour dans le Souk, nous sommes invités à visiter la boutique d'un homme charmant qui travaille le cuivre et le fil d'argent. Il a aussi des tapis et nous conte l'histoire des « meknils » (que l'on offre pour la naissance d'un bébé, pour un mariage). Il nous fait une belle démonstration de son art, nous lui achetons chacun un très joli bracelet en cuivre et fil d'argent.
   Nous terminons ainsi notre promenade dans le Souk et nous nous mettons en route pour le Haras Royal, étape réalisée à ma demande mais qui vaudra certainement le coup d'œil pour tous les deux! Je suis très impatiente... Mais le parcours est semé d'embûches. Difficile de prendre un petit taxi, la circulation dans la Médina est bloquée en raison de la venue du Roi Mohammed VI. Mon cœur palpite violemment à l'idée de visiter cette Mecque des cavaliers, le plus important haras d'Afrique du Nord. Hélas, mes espoirs vont s'envoler, car nous ratons de peu les horaires de visite... je vais avoir du mal à m'en remettre, rester ainsi aux portes du bonheur est traumatisant. Consternée, je dois me faire une raison.
   Nous repartons chercher les sacs, puis nous prenons un petit taxi pour aller à la gare. Au passage, nous constatons que la ville de Meknès s'apprête à recevoir le roi: des gardes omniprésents, les peintures au sol en train d'être refaites sur les passages piétons... quel remue-ménage! A la gare, après avoir pris nos billets pour Fès, nous déjeunons en terrasse d'un boui-boui... Mon ami est imperturbable dans son appétit, quant à moi j'en suis toujours à... trois fourchettes de salade composée. Départ pour Fès, qui est toute proche. Nous profitons du trajet pour préparer notre itinéraire et choisir notre hôtel grâce à nos deux fidèles et précieux compagnons de route en papier.
Arrivée à Fès. Le « petit taxi rouge » (encore) nous conduit à la somptueuse porte bleue de la Médina, où nous nous rendons à l'hôtel Cascade. Accueil pour le moins curieux... entre deux portes, sur le palier... la chambre ne me paraît pas très nette, les draps non plus. Mais la terrasse sur le toit, en revanche, domine la Médina et l'on pourrait s'y croire les rois du monde. Nous déposons nos sacs, et sans perdre de temps, en route pour le célèbre Souk de la Médina.
   Là, c'est l'immersion soudaine et brutale dans un monde surnaturel: une ruelle principale, traversée de toutes parts d'artères secondaires, le tout recouvert de poutres ou de toitures de fortunes qui pourraient tomber à chaque instant, où vont se succéder à un rythme infernal commerçants, artisans, panes, mules et touristes... c'est la jungle pour se frayer un passage, il faut être attentif en permanence, ne pas relever sa garde au risque de se faire renverser par une mule surchargée et boiteuse, ou par une mobylette que l'on doit presque pousser dans le sens de la montée. Cela ne nous empêche pas de regarder les innombrables échoppes qui jonchent ce labyrinthe, et de se débarrasser gentiment de presque tous les rabatteurs ou autres guides improvisés. Nous visitons la Medersa Bou Inania: le décor y est majestueux. Mais nous finissons par nous noyer au sein de cette marée humaine et acceptons de suivre un guide pour nous rendre au Souk des Tanneurs. Du haut de la terrasse, vue aérienne sur ce lieu extraordinaire, avec des tanneurs en plein travail. Des bacs de toutes les couleurs accompagnés d'une répugnante odeur. On comprend alors aisément l'ingratitude d'un tel métier. Un guide nous explique le processus de fabrication, de la matière première aux produits finis en cuir. Puis nous le suivons dans la coopérative. Mon ami est à la recherche d'un pouf. En tant qu'experte ayant fait mes preuves, je suis chargée de la transaction. Cependant, je n'ai pas brillé, cette fois il se sentait d'attaque pour démarrer plus bas manifestement. Le vendeur, après m'avoir qualifiée de berbère, nous emmène ensuite dans l'atelier des vestes. Il me fait essayer une veste en cuir bordeaux qui me va comme un gant. De toute évidence, vu le prix, inutile de songer à la prendre. En plus je n'ai nullement besoin d'une veste, donc pas l'envie irrésistible de l'acquérir. Et là, je vais attaquer la transaction du siècle. Pour un prix de départ de 450 €, je vais finalement l'avoir pour 110 €... Mon ami est dégoûté, il hallucine. Et, cerise sur le gâteau, c'est lui qui va me l'avancer puisque ma carte ne veut pas passer... Une opération magistrale, le vendeur a été obligé d'aller demander l'autorisation à son patron pour me la céder à ce prix-là. N'est pas berbère qui veut! Nous poursuivons notre facétieux chemin à travers la Médina et accédons à une jolie placette où les artisans travaillent le cuivre.
   Nous remontons vers l'hôtel. Petite pause chez le musicien, fort sympathique, qui n'hésite pas à me présenter ses instruments et à m'en faire la démonstration. Je tombe évidemment sous le charme... je craque pour la flûte des chèvres (on l'appelle « nay ») et pour le hautbois du charmeur de serpents. Il me prépare tout cela pour demain, je repasserai les chercher. Pour les chercher, nous les chercherons... Enfin c'est la sortie du Souk, qui finit par nous étouffer, et il faut trouver à manger. Le Routard, fidèle compagnon, guide nos pas vers la « Kasba », en face de l'hôtel. Nous nous y installons au dernier étage, qui nous offre une vue imprenable sur l'entrée de la Médina by night. Et ce soir-là... j'ai enfin commandé un vrai plat, des spaghettis! Dont je ne vais manger que la moitié, mais c'est déjà bien plus que tout ce que j'ai pu avaler jusqu'ici. Retour à l'hôtel pour une belle nuit de sommeil dans des draps douteux... et pour mon ami - car moi j'ai mes salvatrices boules Quies -, rythmée par les incessants marteaux-piqueurs.

Mardi 22 avril

   Lever aux aurores et en beauté. Après que mon ami ait eu le courage d'aller se doucher, nous allons prendre un petit déjeuner royal sur la grande terrasse située sur le toit de l'hôtel... Tout est si calme, paradoxe avec la folle agitation de la veille, le ciel est d'une extraordinaire limpidité et revêt des accents de paradis; malgré l'heure matinale, le soleil nous pénètre déjà pleinement. Attablés autour d'une crêpe au miel, pain au chocolat, jus d'orange et autre thé à la menthe, nous ne nous lassons pas de contempler ce panorama qui s'offre à nos yeux émerveillés, en surplomb de toute la Médina.
   Nous levons l'ancre de l'hôtel, retirons de l'argent au guichet et nous rendons au chez le marchand de musique repéré la veille pour y récupérer mes instruments, après de vains aller-retour dans le labyrinthe et malgré les conseils non avisés de nos rabatteurs... Que de montées et de descentes pour rien! Il faut dire que toutes les artères se ressemblent. Finalement nous atteignons notre but, en désespoir de cause; je règle et récupère ma flûte et mon hautbois. Nous enchainons ensuite les visites avec la ferme intention de ne plus rien acheter... Nous avons d'ailleurs acquis une certaine expertise dans l'art de refouler les rabatteurs et guides indésirables ainsi que les commerçants trop hargneux.
   Nos pas nous mènent au Fonduk en Nejarine: un superbe palace où sont exposés toutes sortes d'objets artisanaux relativement récents, étendu sur trois étages. L'architecture seule du palaace vaut le détour: ornementations du sol au plafond, coins et recoins avec galerie d'art, expositions temporaires, mosaïques... Puis nous nous dirigeons vers la Zaouia de Moulay Idriss (un mausolée), où nous jetterons juste un regard furtif à l'intérieur puisque c'est un lieu sacré, interdit aux non musulmans. Les musulmans y viennent d'ailleurs de loin en pèlerinage. Ensuite vient le tour de la Medersa (école coranique) El Attarine, qui était malheureusement fermée, en travaux.
   Nous changeons alors de quartier, quittons la Médina et passons à Fes El Jhédid. En chemin, d'impressionnants remparts et portes dans un très bon état de conservation. La plupart de ces remparts a été construite par les Maures. Nous visitons le vieux Méchouar (quartier juif) puis accédons, par de minuscules ruelles, à l'artère centrale du quartier. Les ruelles empruntées sont tellement petites que deux hommes ne s'y croisent pas; la présence de contreforts empêche les murs de se rapprocher davantage. La rue des Méridines nous conduit donc jusqu'à une petite synagogue bien cachée. Le gardien, qui parle très mal le français, nous en fait faire la visite. C'est un lieu emprunt d'intimité, en très bon état. Ensuite nous accédons à la terrasse, de laquelle nous surplombons le Mellah, cimetière juif. En repartant, nous passons devant quelques mosquées et un marché couvert.
   Pour déjeuner, un petit resto dans un cadre fort sympathique et rafraichissant: la Noria, au décor charmant, ombragé de jolis arbres. Évidemment, des chats partout, à profusion. Le chat est un animal sacré au Maroc, alors on le laisse libre et on ne lui fait pas de mal. Il est certain que l'on ne doit pas les stériliser non plus... beurk, ils se promènent partout! Nous commandons un menu pour deux: alors que mon ami s'enfile un énorme couscous, j'avale trois bouts de carottes et une salade d'oranges. Nos projets pour la suite changent toutes les 5 minutes... et nous décidons finalement d'aller à la gare voir les horaires de train à destination de Marrakech. C'est un nom qui fait rêver, Marrakech! On m'a tant parlé de son fameux marché sur le grande place... Après avoir trouvé le train qui nous convient, nous retournons chercher les bagages à l'hôtel, puis attendons le train sur le pas de la gare. Le petit taxi qui nous a déposé était fort agréable, ce n'est pas le cas à chaque fois.
   Le voyage pour Marrakech dure 7 heures. A peine le temps pour moi d'écrire mon journal et mes cartes postales! Voyager en train est très reposant, nous sommes dans un compartiment calme et profitons des paysages, ainsi que d'un magnifique coucher de soleil en direct.
   Nous arrivons de nuit, tard, à Marrakech. Déjà nous pouvons ressentir un air plus doux, Marrakech est beaucoup plus au sud. Nous ignorons encore totalement où nous allons dormir, c'est ça l'aventure! Le « petit taxi jaune délavé » va choisir pour nous et d'après nos critères, il nous conduit à l'hôtel Salam. Il s'agit d'un tout petit hôtel bon marché du coin de la rue, à proximité de la fameuse place Jelaa El Fna. Malgré quelques petits problèmes de serrure qui ne fonctionne pas bien, une bonne surprise nous attend: une douche et des WC à l'intérieur de la chambre! Quelle joie! Il y a même la télévision, que nous n'allumons pas, et les draps sont tout propres... il ne m'en faut pas plus pour m'endormir lourdement, épuisée mais heureuse, tandis que mon ami tient absolument à prendre sa douche avant de dormir.

Mercredi 23 avril

   Un lever bien matinal. Après une bonne douche fort appréciée, nous voilà partis pour la journée. Nous commençons par un petit déjeuner avec thé et croissant pour mon ami, tandis que je retourne à l'hôtel chercher les piles oubliées pour l'appareil-photo. C'est la première fois depuis le début du voyage que je pars seule il me semble.
   Nos pas nous guident tout d'abord à l'assaut de cette fameuse grande place, qui paraît cependant un peu vide de bon matin. Puis nous allons faire le tour du minaret de la Koutoubia, immense et prestigieux, qui s'élève au-dessus du centre ville Au sommet du minaret se trouvent 4 sphères dorées dont j'ai oublié la signification. Nous nous promenons ensuite dans les jardins qui se trouvent derrière, magnifiques et très rafraichissants, avec une jolie fontaine au centre. La végétation y est luxuriante. Nous retournons vers la place où l'animation, cette fois, bat son plein: vendeurs de jus d'orange frais (le goût m'est resté), tatoueuses au henné pour les femmes (j'ai réussi à sauver mes mains de ce terrible destin), charmeurs de serpents... Ainsi, nous allons faire comme tous les touristes, et nous faire prendre en photo avec des serpents à sonnette autour du cou, un singe sur les épaules. On trouve décidément de tout sur cette place!
   Petite promenade à travers le Souk, qui est, une fois encore, impressionnant d'affluence et on ne sait pas trop où donner de la tête. La plupart du Souk est couvert, ce qui n'est pas sans engendrer une certaine claustrophobie. Puis nous remontons pour aller visiter le musée de Marrakech avec des expositions de peinture. A la sortie, une vendeuse de bracelet s'avance et je ne résiste pas à saluer les marocains avec le peu de vocabulaire acquis depuis le début. Cela leur plait beaucoup, mais du coup c'est plus difficile de s'en débarrasser lorsqu'ils ont décidé de nous vendre quelque chose! Comme l'heure tourne et qu'il fait une chaleur étouffante, insoutenable, nous allons manger sur la place Kédima. C'est sur cette place que se trouvent tous les artisans de laine et de tissu: sacs, bonnets, bobs... Nous nous installons au premier étage, dans un petit salon, sur des coussins et des banquettes basses, c'est très sympa. Je prends juste une salade de fruits, histoire de me rafraichir un peu.
   Après le resto, nous allons visiter la Medersa Ben Youssef: elle est gigantesque, avec d'innombrables « chambres » (cellules) d'étudiants, certaines avec duplex... Ensuite nous allons visiter la Kouba, toujours sous un soleil de plomb, avec sa salle d'ablutions, sa citerne, ses latrines. Il s'agit de ruines d'un site romain me semble-t-il.
   Nous retournons dans le Souk, où mon ami achète de petits coquetiers joliment décorés, ainsi que deux bonnets sur la place. L'homme des coquetiers nous invite pour le thé à la menthe, mais nous sommes dans l'incapacité de retrouver l'endroit où il se trouvait. Tout se ressemble! Nous tombons également sur une sellerie, où tout ce magnifique harnachement me fait rêver et me laisse songeuse... Il y a de quoi parer son cheval des plus beaux attraits pour une Fantasia. Je ne veux rien prendre, c'est trop cher, mais ce n'est pas l'envie qui manque. Nous sortons du Souk et décidons de retourner à la gare chercher les horaires de train... puis nous poursuivons à pied, par les coulisses, pour rejoindre les jardins de la Ménara: le jardin des amoureux et son immense oliveraie. Des oliviers, il n'en manque pas, on n'en voit pas le bout! A force de marcher nous atteignons tout de même un édifice qui se reflète dans un petit lac, aménagé avec des gradins pour les spectacles nocturnes. Nous y trouvons une fraicheur relative, du moins de quoi se protéger un peu de ce pesant soleil. Il n'y a pas trop de monde et c'est l'occasion de reposer un peu nos pieds qui ne s'arrêtent jamais. En repartant, j'en profite pour caresser un dromadaire puis nous rentrons tranquillement à l'hôtel, histoire de prendre une bonne douche et de se changer en ce début de soirée.
   A la tombée du jour nous nous rendons à nouveau sur la place, qui a revêtu elle aussi ses habits de nuit: une affluence humaine extraordinaire, le paradis pour qui aime les bains de foule, de la musique omniprésente et variée, les petits restos... et cette fumée, épaisse, qui s'échappe des nombreux braseros pour la cuisine. Des marocains en profitent pour laisser trainer leurs mains partout, l'appel de la prière à travers les hauts-parleurs installés dans tous les coins de la ville... quelle euphorie! Nous allons diner sur la grande terrasse d'un resto bien sympa. Nous avons de la chance de trouver de la place, car partout c'est complet et il faut attendre. Mon ami prend une pizza (pas très local tout ça) et moi une salade marocaine. Nous avons une vue imprenable sur la place et toute son animation.
   Après le repas, nous allons trainer au cœur de la masse. Nous assistons à un combat de boxe, où le challenger, volontaire parmi le public, doit affronter une jeune marocaine qui se défend rudement bien; nous écoutons un groupe de musique, qui va essayer de m'arnaquer... nous faisons quelques commentaires sur le club Med qui se trouve non loin de là. Rien n'est gratuit en fait, toutes les démonstrations, qui semblent ouvertes à tous dans un premier temps, se transforment en une quête géante, surtout lorsque l'on ressemble à des étrangers. C'est un peu dommage. Enfin, nous rentrons à l'hôtel pour une bonne nuit bien méritée et après un dernier jus d'orange...

Jeudi 24 avril

   Toujours quelque problème de serrure de chambre pour mon ami, décidément... Notre réveil est matinal et nous allons déjeuner dans un café avoisinant. J'ai - enfin - arrêté les antibios. L'objectif de la matinée est de me trouver des baskets pour monter à cheval ainsi qu'un bob pour mon ami. Nous n'allons pas jusqu'au souk, nous faisons halte dans la première échoppe. Aussitôt dit, aussitôt fait, j'ai mes pompes et mon ami son bob! Quelle efficacité! Le deuxième client porte bonheur, n'est-ce pas...
   Nous décidons d'aller visiter le quartier des palais, vers le Mellah. Ainsi nous découvrons les ruines du palais El Bali, avec une terrasse d'où nous apercevons l'Atlas et dont les prisons glaçantes nous rafraichissent à merveille: des souterrains aux cellules nombreuses et minuscules, dans l'obscurité la plus totale... Un fort contraste pour nous, qui cuisons littéralement sous un soleil de plomb, mais des lieux qu'il ne faisait pas bon fréquenter sur une longue durée. Ensuite nous nous rendons aux tombons Saadiens: quelle foule monstrueuse! De grosses et nombreuses gouttes nous perlent dans le dos par cette insoutenable chaleur, nous sommes tous entassés pour aller jeter un oeil furtif et lointain à ces sépultures dont nous ne savons pas grand-chose. C'est un lieu prestigieux dont nous essayons d'écourter la visite tant il y a de monde et le soleil pressant.
   Au retour, nous allons manger à nouveau sur la place, dans un restaurant où la chaleur pénètre malgré tout... J'y mange à nouveau une salade et mon ami des brochettes. Il s'agit de notre dernier resto, nous y restons un moment afin d'en profiter pleinement et de refaire le plein d'énergie. Enfin nous retournons à l'hôtel pour nous changer, après un dernier coup de shopping ici et là. En effet le voyage touche bientôt à sa fin... Nous enfilons à regret les jeans, bouclons les sacs, et nous nous mettons en route vers notre point de rendez-vous pour la fameuse balade à cheval, devant la Koutoubia.
   Ryad vient nous chercher avec sa grosse voiture, un peu en retard, puis nous prenons 2 autres personnes, Emeric et Bénédicte. En chemin, nous faisons connaissance, et j'insiste sur le fait que je voudrais un beau cheval. Nous arrivons alors.... au bout du monde, dans un charmant village reculé, typique jusqu'au bout des pieds et aux portes du désert... quel total dépaysement! Là, nous nous équipons, bombes et chaps (enfin je ne mets pas de bombe et signe une décharge). On nous amène alors nos chevaux: mon ami va monter Isabelle, haute sur pattes et d'un magnifique palomino cuivré. Quant à moi, j'ai droit à Obiwan, un jeune entier de 5 ans, arabe-barbe, petit modèle alezan brûlé... une pure merveille! Évidemment il faut que je reste à distance, mon destrier étant susceptible de devenir fringant à tout moment.
   C'est parti, Ryad en tête, suivi d'Emeric, puis mon ami, Bénédicte et moi. Bénédicte ne maîtrisant pas franchement la chevauchée, un autre guide arrive à la rescousse pour rester avec elle tandis que je rejoins le groupe. Je me régale déjà avec ma monture.... quelques foulées de trot et j'ai l'impression de voler! Nous traversons une petite rivière et là, d'un seul coup, une vision extraordinaire: des dunes de pierres à perte de vue, les prémices de l'Atlas (malheureusement embrumé et dont on ne peut voir les sommets enneigés), le désert... Quelques trots et galops, quelques pauses photos. Nous cheminons à travers crêtes et canyons, c'est réellement magique, grandiose, insaisissable. Obi me comble de sensations, c'est du bonheur à l'état pur. Mon ami se débrouille fort bien, presque comme un pro, même s'il a du mal à faire galoper son Isabelle. Comme j'aurais souhaité que cet instant dure, ne s'arrête jamais... Sur le retour, la traversée du village nous donne un aperçu du mode de vie des autochtones; des fillettes nous saluent. Quel magnifique, merveilleux périple... Merci Mat d'avoir accepté ce caprice et de m'avoir permis de vivre cela!
   Le rêve s'achève déjà... encore une photo, rapide, puis plus de temps à perdre: la course contre la montre se déclenche avec notre train à prendre! Ryad nous ramène donc, nous échangeons nos adresses mail pendant le trajet. Le timing est serré, heureusement nous avons déjà récupéré les billets! A peine le temps de sauter dans le train... tout se goupille à merveille. Grâce à mes lingettes, nous pouvons même faire un brin de toilette, ce qui n'est pas du luxe vu l'état dans lequel nous sommes après avoir baigné de sueur dans nos jeans, partagé deux heures avec les chevaux dans le sable du désert...
   Dans le train, nous partageons notre compartiment avec 3 marocains. L'un deux, Mohammed, est avocat à Casablanca. Les deux autres, Mohammed et Amhed, parlent moins bien français. Cet avocat est un sacré personnage, il va nous tenir en haleine tout le long du trajet! Il nous offre à boire et à manger, il nous apprend à balbutier en arabe... un moment inattendu, exceptionnel d'échange, de partage. Nous les intriguons autant que la réciproque. Notre cabine est plongée dans le noir, la lumière ne fonctionne pas et dehors c'est la nuit, ce qui renforce notre communication. Mohammed descend à Casablanca et instantanément... tout le monde s'endort. On ne connait pas le nom des gares où l'on s'arrête, il n'y a pas d'annonce. Il nous semble enfin reconnaître Rabat-Ville. Incertains, nous demandons à Mohammed qui nous répond « Rabat-Agdal »... je cours demander, par instinct, à la première personne que je trouve et qui me répond « Rabat-Ville »... et là c'est la panique! Branle-bas de combat, le temps d'attraper les sacs et de se ruer hors du train! Il était moins une, l'instant d'après le train redémarre... petit souvenir de Mohammed!
   Que d'aventures, et jusqu'au bout!
   A Rabat, nous prenons le petit taxi bleu pour aller chez mon cousin, nous connaissons le chemin par cœur désormais... et nous accomplissons l'exploit d'arriver avant minuit! Tout le monde est couché, sauf Abdel, le gardien, qui guette notre arrivée. Mon ami prend inévitablement une douche, quant à moi, j'attends inévitablement le lendemain et m'écrase lourdement sur le matelas.

Vendredi 25 avril

    Je tiens à me lever aux aurores pour saluer mon cousin et sa fille, avant qu'il ne partent travailler. Remerciements et photos souvenirs... Une petite douche, puis c'est le rangement des affaires, annonçant la fin proche du périple. Mon ami a retrouvé ses lunettes, c'est toujours ça de pris!
    L'épouse de mon cousin se lève également, elle nous prépare même des crêpes... quel trésor, cette femme! Puis nous quittons définitivement la maison en sa compagnie, direction le centre ville; elle nous dépose à la gare. Photo souvenir, une nouvelle fois...
    Nous prenons le train pour Casa-Port, où nous faisons une pause dans un café de luxe, nous avons un peu de marge avant le départ. Enfin, nous prenons le chemin de l'aéroport, avec un changement de train. Dans ce dernier, je m'endors comme une masse... Enfin arrivés à l'aéroport, une file gigantesque de voyageurs se dresse impérialement devant nous; il nous faut patienter un interminable moment avant de pouvoir franchir la première sécurité. Nous allons directement enregistrer les bagages et je prends mon Nozinan. Mon ami dévore un sandwich, pour moi c'est interdit: hors de question de revivre l'incident de l'aller, entre nourriture et médicaments, il faut choisir!
     Nous remplissons une carte d'embarquement, puis nous nous installons dans la salle d'attente. Là aussi, je m'endors sur mon siège sans demander mon reste. Enfin nous nous dirigeons vers la porte d'embarquement. Un bus nous emmènera vers l'avion, inutile cette fois de vouloir embarquer la première.
     Je suis déjà bien dans le cirage, heureusement que mon ami est là pour veiller. Quelque temps plus tard, nous embarquons dans le bus, puis dans le 737. Par chance, je suis à côté du hublot. Je décide de m'en tenir au Nozinan et de ne pas additionner ni l'anxiolitique, ni le somnifère, puis j'essaie de m'endormir. Cependant l'avion a déjà beaucoup de retard, il ne décolle pas avant un long moment et j'essaie en vain de m'endormir.
     Durant le transport, je ne suis pas trop contractée, sans doute grâce à mon remède miracle, je vais même profiter un peu du paysage: le passage au-dessus des sommets enneigés des Pyrénées, Lyon by night avec le coucher de soleil aux premières loges. Un spectacle devant lequel on ne peut que s'émerveiller, aussi stressé que l'on soit. Le trajet se déroule on ne peut mieux, tout comme l'atterrissage. Je suis toujours un peu zombie, mais par contre tout à fait consciente, et, j'ignore pourquoi, d'assez mauvaise humeur parait-il!
     Après avoir récupéré nos bagages, nous retrouvons la soeur de mon ami à l'arrêt minute. Nous rentrons chez elle. Il est l'heure de diner, mes amis mangent du riz et une omelette tandis que je grignote un peu de fromage. Je ne tarde pas à m'endormir, après avoir un peu conté le voyage à mon amie, hôtesse pour la nuit. Ce n'est pas le tout, mais demain, lever aux aurores pour ma destination finale!

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